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collectif limousin d'action militante pour les animaux - Page 16

  • Témoignage d'une étudiante en médecine vétérinaire en stage dans un abattoir

     

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    « Seuls les animaux transportés conformément à la Loi sur la protection des animaux (LPA) et possédant une marque d'identification en règle sont acceptés ». C'est l'inscription qui figure au-dessus de la rampe en béton. Au bout de cette rampe gît raide et blafard un cochon mort. « Oui, certains meurent déjà durant le transport. Par collapsus cardiaque ».

    J'ai emporté une vieille veste ; bien m'en a pris. Pour un début d'octobre, il fait un froid glacial. Ce n'est pourtant pas pour cette seule raison que je frissonne.

    J'enfonce les mains dans mes poches, m'efforce de montrer un visage avenant pour écouter le directeur de l'abattoir m'expliquer qu'on ne procède plus depuis longtemps à un examen complet de chaque bête, seulement à une inspection. Avec 700 cochons par jour, comment cela serait-il possible ?

    « Ici, il n'y a aucun animal malade. Si c'est le cas, nous le renvoyons tout de suite, avec une amende salée pour le livreur. S'il le fait une fois, il ne le fera pas une deuxième ». Je baisse la tête comme pour m'excuser- tenir, simplement tenir, tu dois tenir ces six semaines- que deviennent les porcs malades ?

    « Il y a un abattoir tout à fait spécial ». Je possède une certaine expérience concernant les règlements relatifs au transport et sais à quel niveau la protection des animaux est à présent reconnue. Ce mot, prononcé dans un tel endroit, a une résonance macabre. Dans l'intervalle, un gros camion d'où s'échappent des cris stridents et de lugubres grognements est venu se ranger face à la rampe. Dans la pénombre du matin, on distingue mal les détails ; toute la scène revêt un aspect irréel et rappelle quelque sinistre reportage de guerre montrant des rangées de wagons gris et les visages blêmes et terrorisés d'une masse de gens humiliés, sur la rampe de chargement, embarqués par des hommes en armes. Tout d'un coup, je m'y trouve en plein cœur, et c'est comme quand on fait un cauchemar dont on se réveille couvert de sueurs froides : au milieu de ce brouillard, par un froid glacial, dans ce demi-jour sale du bâtiment immonde, bloc anonyme de béton, d'acier et de catelles blanches, tout derrière, à la lisière du bois recouvert d'une légère gelée ; ici se passe l'indicible, ce dont personne ne veut rien savoir.

    Les cris, c'est la première chose que j'entends chaque matin lorsque j'arrive pour obtenir mon certificat de stage de pratique. Un refus de ma part d'y participer aurait signifié pour moi cinq années d'études perdues et l'abandon de tous mes projets d'avenir. Mais tout en moi- chaque fibre, chaque pensée- n'est que refus, répulsion et effroi, et la conscience d'une insurmontable impuissance : devoir regarder, ne rien pouvoir faire, et ils vont te forcer à coopérer et te souiller de sang. De loin déjà, quand je descends du bus, les cris des cochons me transpercent comme un poignard. Pendant six semaines, des heures durant, sans répit, ces cris retentiront à mes oreilles. Tenir. Pour toi, cela aura une fin. Pour les animaux, jamais.

    Une cour déserte, quelques camions frigorifiques, des moitiés de cadavres de cochons pendus à des crochets, aperçus à travers une porte, dans un éclairage aveuglant. Tout ici est d'une propreté méticuleuse. Cela, c'est la façade. Je cherche l'entrée ; elle est située de côté. Deux bétaillères passent devant moi, ses phares jaunes allumés dans la brume matinale. La lumière blanche des fenêtres éclairées me montre le chemin. Après avoir monté quelques marches, je me retrouve à l'intérieur, où tout est carrelé en blanc. Pas d'âme humaine en vue. Ensuite un corridor, blanc lui aussi, et le vestiaire pour les dames. Il est bientôt 7 heures, et je me change : du blanc, du blanc, du blanc ! Mon casque d'emprunt oscille d'une façon grotesque sur mes cheveux raides. Mes bottes sont trop grandes. Je retourne dans le corridor et me range du côté des vétérinaires. Aimables salutations. « Je suis la nouvelle stagiaire ». Avant de continuer, les formalités. « Enfilez un vêtement chaud, allez chez le directeur et remettez-lui votre certificat de santé. Le Dr XX vous dira alors où vous commencerez ».

    Le directeur est un homme jovial, qui me parle d'abord du bon vieux temps où l'abattoir n'était pas encore privatisé. Puis s'interrompant à regret, il décide de me faire visiter personnellement les lieux. C'est ainsi que j'arrive sur la rampe. A ma droite des enclos de béton fermés par des barres en fer. Quelques-uns sont prêts, remplis de cochons. « Nous commençons ici à 5 heures du matin ». On les voit se bousculant ici ou se traînant là : quelques groins curieux arrivent à passer à travers la grille ; des petits yeux méfiants, d'autres fuyants ou en plein désarroi. Une grande truie se jette sur une autre ; le directeur se saisit d'un bâton et la frappe plusieurs fois sur la tête. « Autrement, ils se mordent méchamment ».

    En bas de la rampe, le transporteur a abaissé le pont du camion, et les premiers cochons, apeurés par le bruit et la raideur de la pente, se poussent vers l'arrière ; mais entre-temps un convoyeur est monté à l'arrière et distribue des coups de trique en caoutchouc. Je ne m'étonnerai pas, plus tard, de la présence de tant de meurtrissures rouges sur les moitiés de cochons.

    « Avec les cochons, il est interdit d'utiliser le bâton électrique » explique le directeur. Certains animaux tentent quelques pas hésitants, en trébuchant parfois. Puis les autres suivent. L'un d'entre eux glisse et sa patte se coince entre la rampe et le pont ; il remonte et continue en boitant. Ils se retrouvent à nouveau entourés de barres de fer qui les mènent inévitablement à un enclos encore vide. Lorsque les cochons se trouvant à l'avant arrivent dans un coin, ils s'y entassent en bloc et s'y cramponnent avec fermeté, ce qui fait pousser à l'employé des jurons de colère et cravacher les cochons de l'arrière qui, pris de panique, essaient de grimper par-dessus leurs compagnons d'infortune. Le directeur hoche la tête : « Ecervelé, simplement écervelé. Combien de fois ai-je déjà dit qu'il ne servait à rien de frapper les cochons se trouvant à l'arrière ! ».

    Pendant que j'assistais, pétrifiée, à cette scène- rien de tout cela n'est réel, tu rêves- le directeur se retourne pour saluer le convoyeur d'un autre transport, arrivé en même temps que le précédent et qui s'apprête à décharger. La raison pour laquelle tout est allé ici beaucoup plus vite, mais avec beaucoup plus de cris, je l'ai tout de suite vu : derrière les porcs qui trébuchent, un deuxième homme apparu dans l'aire de déchargement assène, pour accélérer l'opération, des chocs électriques. Je regarde l'homme, ensuite le directeur : « Vous savez pourtant que c'est interdit avec les porcs ». L'homme regarde étonné, puis range l'instrument dans sa poche.

    Par derrière, quelque chose se frotte à moi à la hauteur des genoux ; je me tourne et j'aperçois deux yeux bleus vifs. Je connais de nombreux amis des animaux qui s'enthousiasment pour les yeux animés de sentiments si profonds des chats, pour le regard indéfectiblement fidèle des chiens. Mais qui parle de l'intelligence et de la curiosité perceptibles dans les yeux d'un cochon ? Bientôt, j'apprendrai à les connaître, ces yeux, mais d'une autre manière : muets de peur, abattus de douleur, puis vidés, brisés, exorbités, roulant sur un sol maculé de sang.

    Une pensée me traverse l'esprit comme un couteau acéré, et elle me reviendra des centaines de fois au cours des semaines suivantes : Manger de la viande est un crime- un crime...

    Après un tour rapide de l'abattoir, je me retrouve dans la salle de pause. Une fenêtre qui s'ouvre sur la salle d'abattage laisse voir des cochons couverts de sang, suspendus, défilant dans une chaîne sans fin. Indifférents, deux employés prennent leur petit déjeuner. Du pain et du saucisson. Leurs tabliers blancs sont couverts de sang. Un lambeau de chair est accroché à la botte de l'un d'eux. Ici, le vacarme inhumain qui m'assourdira lorsque je serai conduite dans la salle d'abattage est atténué. Je reviens en arrière, car une moitié de cadavre de cochon a tourné le coin à vive allure et a heurté la moitié suivante. Elle m'a frôlée, chaude et molle. Ce n'est pas vrai - c'est absurde - impossible.

    Tout me tombe dessus en une fois. Les cris perçants. Le grincement des machines. Le bruit métallique des instruments. La puanteur pénétrante des poils et des peaux brûlés. L'exhalaison de sang, et d'eau chaude. Des éclats de rire, des appels insouciants des employés. Des couteaux étincelants passant au travers des tendons pour pendre aux crochets des moitiés d'animaux sans yeux dont les muscles sont encore palpitants. Des morceaux de chair et d'organes tombent dans un caniveau par où du sang s'écoule en abondance, et ce liquide écœurant m'éclabousse. On glisse sur des morceaux de graisse qui jonchent le sol. Des hommes en blanc, sur les tabliers desquels le sang dégouline, avec, sous leur casque ou leur képi, des visages comme on peut en voir partout : dans le métro ou au supermarché.

    Involontairement, on s'attend à voir des monstres, mais c'est le gentil grand-père du voisinage, le jeune homme désinvolte qui déambule dans la rue, le monsieur soigné qui sort d'une banque. On me salue aimablement. Le directeur me montre encore rapidement la halle d'abattage des bovins, vide aujourd'hui. « Les bovins sont là le mardi ». Il me confie alors à une employée en déclarant qu'il a à faire. « Vous pouvez tranquillement visiter seule la halle d'abattage ». Trois semaines s'écouleront avant que je trouve le courage d'y aller.

    Le premier jour n'est encore pour moi qu'une sorte de quart d'heure de grâce. Je vais m'asseoir dans une petite pièce à côté de la salle de pause et heure après heure, je découpe en petits morceaux des chairs provenant d'un seau d'échantillons qu'une main tachée de sang remplit régulièrement dans la halle d'abattage. Chacun de ces petits morceaux - un animal. Le tout est alors haché et réparti en portions, auxquelles on ajoute de l'acide chlorhydrique et que l'on fait cuire, pour le test de trichine. L'employée qui m'accompagne me montre tout. On ne trouve jamais de trichine, mais le test est obligatoire.

    Le jour suivant, je me rends donc seule dans une partie de la gigantesque machine à découper les morceaux. Une rapide instruction- « Ici, retirer le reste des os du collier de l'arrière-gorge et séparer les nœuds des glandes lymphatiques. Parfois, un sabot pend encore à une patte, il faut l'enlever ». Alors, je découpe, il faut faire vite, la chaîne se déroule sans répit.

    Au-dessus de moi, d'autres morceaux du cadavre s'éloignent. Mon collègue travaille avec entrain, tandis que dans le caniveau tant de liquide sanguinolent s'accumule que j'en suis éclaboussée jusqu'au visage. J'essaye de me ranger de l'autre côté, mais là une énorme scie à eau coupe en deux les corps des cochons ; impossible d'y rester, sans être trempée jusqu'aux os. En serrant les dents, je découpe encore, mais il faut que je me dépêche, pour pouvoir réfléchir à toute cette horreur, et par-dessus le marché il faut que je fasse diablement attention de ne pas me couper les doigts. Le lendemain, j'emprunterai d'une collègue stagiaire qui a terminé son stage une paire de gants en métal. J'arrête de compter les cochons qui défilent devant moi, ruisselants de sang. Je n'emploierai plus de gants en caoutchouc. Il est vrai qu'il est répugnant de fouiller à mains nues dans des cadavres tièdes, mais si l'on se retrouve plein de sang jusqu'aux épaules, le mélange poisseux des liquides corporels pénètre de toute façon à l'intérieur des gants et rend ces derniers superflus. Pourquoi tourner des films d'horreur, quand tout cela se trouve ici ?

    Le couteau est bientôt émoussé. « Donnez-le-moi, je vais vous l'aiguiser ». Le brave grand-père, en réalité un ancien inspecteur des viandes, me lance un clin d'œil. Après m'avoir rapporté le couteau aiguisé, il se met à faire la causette ici et là, me raconte une blague puis se remet au travail. Il me prend désormais un peu sous son aile et me montre quelques trucs qui facilitent quelque peu le travail à la chaîne. « Ecoutez ! Ici tout cela ne vous plaît pas. Je le vois bien. Mais cela doit se faire ». Je ne peux pas le trouver antipathique. Il se donne beaucoup de mal pour me rassurer. La plupart des autres aussi s'efforcent de m'aider ; ils s'amusent certainement à observer ces nombreux stagiaires, qui vont et viennent ici, qui sont d'abord choqués, puis qui poursuivent en serrant les dents leur période de stage. Toutefois, ils demeurent bienveillants. Il n'y a pas de chicaneries.

    Il me vient à penser que- à part quelques exceptions- les personnes qui travaillent ici ne réagissent pas de façon inhumaine ; elles sont juste devenues indifférentes, comme moi aussi avec le temps. C'est de l'autoprotection. Non, les vrais inhumains sont ceux qui ordonnent quotidiennement ces meurtres de masse, et qui, à cause de leur voracité pour la viande condamnent les animaux à une vie misérable et à une lamentable fin, et forcent d'autres humains à accomplir un travail dégradant qui les transforme en êtres grossiers.

    Moi-même, je deviens progressivement un petit rouage de ce monstrueux automatisme de la mort. Au bout d'un certain temps, ces manipulations monotones commencent à devenir automatiques, mais elles restent aussi très pénibles. Menacée d'étouffement par le vacarme assourdissant et l'indescriptible horreur omniprésente, la compréhension reprend le dessus sur les sens hébétés et se remet à fonctionner. Faire la différence, remettre de l'ordre, essayer de discerner. Mais cela est impossible.

    Lorsque pour la première fois- en fait, le deuxième ou troisième jour- j'ai pris conscience que le corps saigné, brûlé et scié de l'animal, palpitait encore et que sa petite queue remuait toujours, je n'étais plus en mesure de me mouvoir. « Ils... ils bougent encore ! », dis-je, même si en tant que future vétérinaire j'avais appris que c'était les nerfs. J'entends marmonner : « Mince alors, il y en a un qui a fait une faute, il n'est pas tout à fait mort ». Un frémissement spectral agite de partout les moitiés de bêtes. C'est un lieu d'horreur. Je suis glacée jusqu'à la moëlle.

    Rentrée à la maison, je me couche sur mon lit, les yeux au plafond. Passer les heures, les unes après les autres. Chaque jour. Mon entourage réagit avec irritation. « N'aie pas l'air si renfrognée ; fais donc un sourire. Tu voulais absolument devenir vétérinaire ». Vétérinaire, oui, mais pas tueuse d'animaux. Je ne peux pas me retenir. Ces commentaires. Cette indifférence.

    Cette évidence de meurtre. Je voudrais, je dois parler, dire ce que j'ai sur le coeur. J'en étouffe. Je voudrais raconter ce que j'ai vu sur le cochon qui ne pouvait plus marcher, progressant tant bien que mal sur son train arrière, jambes de côté ; sur les cochons qui reçoivent des coups de trique et de pied jusqu'à ce qu'ils finissent par entrer dans le box d'abattage. Ce que j'ai vu en me retournant : comment l'animal est scié devant moi et accroché en oscillant : morceaux de muscles partagés en deux parties égales à partir de l'intérieur des cuisses. Nombre d'abattages par jour 530, jamais je ne pourrai oublier ce chiffre. Je voudrais parler de l'abattage des bovins, de leurs doux yeux bruns, remplis de panique. De leurs tentatives d'évasion, de tous les coups et les jurons, jusqu'à ce que la misérable bête soit finalement prisonnière de l'enclos fermé par des barres de fer et une serrure à double tour, avec vue panoramique sur la halle où ses compagnons d'infortune sont dépouillés de leur peau et coupés en morceaux ; puis l'avancée mortelle, et dans le moment qui suit la chaîne que l'on accroche à une patte arrière et dont l'animal tente vainement de se débarrasser en la projetant vers le haut, tandis que, déjà, par en-dessous, sa tête est tranchée. Des flots de sang qui giclent à profusion du corps sans tête, tandis que les pattes se recroquevillent... Raconter à propos des bruits atroces de la machine qui arrache la peau du corps, du geste du doigt, circulaire et automatisé, pour ôter le globe de l'œil de son orbite- artère sectionnée, saignante, coulant à flot à l'extérieur- et le jeter dans un trou à même le sol, où il disparaîtra parmi tous les « déchets ». Le bruit provenant des envois sur le dévaloir en aluminium usé, des abats retirés du cadavre décapité et qui ensuite, sauf le foie, le cœur, les poumons et la langue- destinés à la consommation- sont aspirés dans une sorte de collecteur d'ordures.

    C'est vrai que je voudrais raconter qu'il arrive toujours qu'au milieu de ces montagnes visqueuses et sanguinolentes se trouve un utérus gravide, et que j'ai vu des petits veaux déjà tout formés, de toutes les tailles, fragiles et nus, les yeux clos, dans une enveloppe utérine qui n'est plus en mesure de les protéger- le plus petit aussi minuscule qu'un chat nouveau-né, et quand même une vache en miniature, le plus grand au poil tendre et soyeux, d'un blanc cassé, avec de longs cils autour des yeux, dont la naissance devait avoir lieu quelques semaines plus tard. « Est-ce que ce n'est pas un miracle, ce que la nature crée ? » constate le vétérinaire de service cette semaine-là, en jetant l'utérus avec le fœtus ensemble dans le gargouillant moulin à déchets. J'ai maintenant la certitude qu'aucun dieu ne peut exister puisqu'aucun éclair ne vient du ciel pour punir tous ces forfaits commis ici-bas, et que ceux-ci se perpétuent interminablement. Ni pour soulager la vache maigre et pitoyable qui, à mon arrivée à 7heures le matin, se traîne à bout de force, au prix d'efforts désespérés, dans le couloir glacé, plein de courants d'air, et s'allonge juste devant le box de la mort ; pour elle, il n'existe aucun dieu, ni personne d'ailleurs, pour lui donner une petite tape pour l'aider. Avant tout, il faut traiter le reste des animaux prévus pour l'abattage.

    Quand je quitte à midi, la vache est encore couchée et tressaille ; personne, en dépit d'instructions répétées n'est venu la délivrer. J'ai alors desserré le licou qui lui tranchait impitoyablement la chair et lui ai caressé le front. Elle m'a regardé avec ses grands yeux, et j'ai alors appris en cet instant que les vaches pouvaient pleurer.

    Mes mains, ma blouse, mon tablier et mes bottes sont barbouillés du sang de ses congénères : pendant des heures, je suis restée à la chaîne, en train de couper des cœurs, des poumons et des foies. J'ai déjà été prévenue : « Avec les bovins on est toujours totalement immergé ! ». C'est cela que je voudrais communiquer, afin de ne pas porter seule le fardeau, mais dans le fond il n'y a personne qui veuille m'écouter. Ce n'est pas qu'au cours de cette période on ne m'ait pas souvent assez posé la question : « Et à l'abattoir, comment ça va ? Moi, en tout cas, je ne pourrais pas le faire ».

    Avec mes ongles enfoncés dans les paumes des mains je gratte les lunules jusqu'au sang pour ne pas frapper ces visages apitoyés, ou pour ne pas jeter le téléphone par la fenêtre ; pleurer, voilà ce que je voudrais faire, mais depuis que j'ai vu ce spectacle quotidiennement, chaque cri s'est étouffé dans ma gorge.

    Personne ne m'a demandé si je pouvais tenir.

    Les réactions à des réponses si parcimonieuses trahissent le malaise à ce sujet. « Oui, cela est tout à fait terrible, aussi nous ne mangeons plus que rarement de la viande ». Souvent je m'encourage : « Serre les dents, tu dois tenir, bientôt tout cela sera derrière toi ». Pour moi, que le massacre continue jour après jour est l'une parmi les pires manifestations d'indifférence et d'ignorance. Je pense que personne n'a compris que ce ne sont pas ces six semaines à surmonter qui sont importantes, mais bien ce monstrueux meurtre de masse, qui se renouvelle des millions de fois, et dont sont responsables tous ceux d'entre nous qui mangent de la viande. En particulier, tous ceux qui se prétendent amis des animaux et mangent de la viande : ils ne sont pas dignes de confiance.

    « Arrête, ne me coupe pas l'appétit ! ». C'est aussi avec ce type de réaction que plus d'une fois je suis restée muette. Parfois le ton monte : « Mais tu es une terroriste, toute personne normale doit rire de toi ». Comment s'en sortir seule dans de tels instants ? Il m'arrive d'aller regarder le petit fœtus de veau que j'ai ramené à la maison et que j'ai mis dans du formol.

    « Memento mori ». Et laisser en rire les « gens normaux ».

    Les choses deviennent abstraites quand on est entouré de tant de morts violentes ; la vie à titre individuel apparaît alors comme infiniment dénuée de sens. Quand je regarde les rangées anonymes de cochons transportés sous la même forme à travers la halle, je me demande : « Les choses seraient-elles différentes si à la place de cochons, il y avait des humains ? ». D'autant plus que l'anatomie de la partie arrière de l'animal, épaisse, parsemée de pustules et de taches rouges, rappelle étrangement ce que l'on peut voir sur les plages ensoleillées des vacances : des amas de graisse débordant des maillots de bain trop étroits. En outre, les cris qui retentissent interminablement dans la halle d'abattage quand les animaux sentent approcher la mort pourraient provenir de femmes et d'enfants. Ne plus faire la différence devient inévitable. Il y a des moments où je pense : Arrêter, cela doit s'arrêter. Pourvu qu'il fasse vite avec la pince électrique, pour qu'enfin cela s'arrête. « Beaucoup d'animaux ne crient pas » a dit une fois l'un des vétérinaires, « alors que d'autres se figent comme des statues en se mettant à crier sans aucune raison ». Je me demande pour ma part comment ils peuvent rester immobiles et « crier sans aucune raison ». Plus de la moitié du temps de stage est écoulée lorsque je pénètre enfin dans la halle d'abattage pour pouvoir dire : « j'ai vu ». Ici se termine le chemin qui débute à la rampe de déchargement. Le lugubre corridor sur lequel débouchent tous les enclos se rétrécit jusqu'à une porte ouvrant sur un box d'attente ayant une capacité de 4 ou 5 cochons. Si je devais décrire en image le concept de « peur », je le ferais en dessinant des cochons blottis les uns contre les autres contre une porte fermée, et je dessinerais leurs yeux. Des yeux que plus jamais je ne pourrai oublier. Des yeux que chacun d'entre nous qui veut manger de la viande devrait avoir regardé. Les cochons sont séparés à l'aide d'une trique en caoutchouc. L'un d'entre eux est poussé en direction d'un espace fermé de tous côtés. Il crie, et comme souvent le gardien a encore autre chose à faire, l'animal essaye de reculer et s'évader par l'arrière jusqu'à ce qu'enfin, à l'aide d'un clapet électrique, il puisse verrouiller l'issue. Par une pression sur un bouton, le sol de l'enclos est remplacé par une sorte de traîneau mobile sur lequel le cochon se retrouve à califourchon, ensuite une deuxième coulisse s'ouvre devant lui et le traîneau avec l'animal glisse vers l'avant dans un autre box. Là une brute de boucher chargé de l'abattage- je l'ai toujours appelé en moi-même Frankenstein- branche les électrodes. Une tenaille d'étourdissement à trois points, comme le directeur me l'a expliqué. On voit dans le box le cochon qui tente de se cabrer, puis le traîneau est brusquement retiré et la bête, palpitante, s'affaisse dans un flot de sang en agitant nerveusement les pattes. Ici l'attend une autre brute de boucher, qui sûr de sa cible, enfonce le couteau en-dessous de la patte avant droite du cochon ; un flot de sang foncé gicle et le corps s'affaisse vers l'avant.

    Quelques secondes plus tard, une chaîne de fer se referme sur une des pattes arrière de l'animal qui est hissé vers le haut ; la brute de boucher dépose alors son couteau, s'empare d'une bouteille de cola souillée, déposée à même le sol recouvert d'une couche de sang d'au moins un centimètre, et en boit une gorgée.

    Je décide de suivre les cadavres qui, balancés à leur crochet, et saignant abondamment, sont dirigés vers « l'enfer ». C'est ainsi que j'ai dénommé la pièce suivante. Celle-ci est haute et noire, pleine de suie, de puanteur, de fumée. Au terme de plusieurs virages au cours desquels le sang se déverse encore à flots, la rangée de cochons arrive à une sorte d'immense four.

    C'est là que la soie du porc est éliminée. Les corps des animaux tombent par une sorte d'entonnoir à l'intérieur de la machine. On peut y voir à l'intérieur. Les flammes jaillissent et, pendant quelques secondes, les corps sont secoués de tous côtés, et semblent accomplir une danse grotesque et trépidante. Ils sont ensuite largués de l'autre côté sur une grande table où ils sont immédiatement attrapés par deux grosses brutes de bouchers qui commencent par enlever les parties de la soie qui n'ont pas été éliminées, puis grattent les orbites oculaires et séparent les sabots des pattes. Tout cela se déroule très rapidement, le travail s'effectue en plein accord. Pendues aux crochets par le tendon des pattes postérieures, les bêtes mortes sont alors dirigées vers un châssis métallique contenant une sorte de lance-flammes. Dans un bruit assourdissant, le corps de l'animal est soumis à un jet de flammes qui l'espace de quelques secondes l'enveloppe tout entier. La chaîne mobile se met alors à nouveau en mouvement et emporte les corps dans la halle suivante, celle-là même où je me suis trouvée durant les trois premières semaines. Là les organes sont retirés et apprêtés sur la bande mobile supérieure. La langue est palpée, les amygdales et l'œsophage détachés et jetés, les ganglions lymphatiques coupés, les poumons mis aux déchets, la trachée-artère et le cœur ouverts et les échantillons pour l'examen de trichine prélevés, la vésicule biliaire extirpée, et le foie examiné à cause de la présence possible de poches de vers. Beaucoup de porcs ont des vers et si leur foie en est rempli, il doit être jeté. Tous les autres organes, comme l'estomac, les intestins, l'appareil génital, sont envoyés au rebut. Sur la bande mobile inférieure, le reste du corps est apprêté : divisé en morceaux ; les articulations coupées ; l'anus, les reins et les parties graisseuses entourant les reins enlevés ; le cerveau et la moelle épinière retirés, etc., et ensuite une marque est imprimée sur l'épaule. Le cou, le bas du dos, l'abdomen et les cuisses sont préparés pour la pesée, puis dirigés vers la chambre froide. Les animaux jugés impropres à la consommation sont « provisoirement écartés ». Pour le marquage, qui est une opération effectuée dans la sueur sur des cadavres tièdes et visqueux qui pendent très haut en fin de bande, il faut faire très vite quand on n'a pas l'habitude : on risque de se faire assommer par les moitiés de bêtes qui arrivent en force devant la balance et s'entassent les unes sur les autres avec violence.

    Je ne dirai pas le nombre de fois que j'ai laissé mon regard errer sur l'horloge murale de la salle de pause ! Mais ce qui est sûr, c'est qu'en aucun autre endroit au monde le temps ne passe plus lentement qu'ici. Un temps de pause est octroyé au milieu de la matinée, et c'est essoufflée que je me précipite aux toilettes, et que tant bien que mal je me nettoie du sang et des lambeaux de chair ; c'est comme si cette souillure et cette odeur allaient s'accrocher à moi pour toujours. Sortir, seulement sortir d'ici. Je n'ai jamais pu avaler quoique ce soit comme nourriture dans ce bâtiment. Soit je passe mon temps de pause, aussi froid qu'il puisse faire dehors, à courir jusqu'à la clôture en fils de fer barbelés et regarde au loin les champs et l'orée du bois, et j'observe les corneilles. Ou alors je traverse la rue et me rends au centre commercial où je peux me réchauffer en buvant un café dans une petite boulangerie. Vingt minutes après, on est de nouveau à la chaîne. Manger de la viande est un crime. Jamais plus ceux qui mangent de la viande ne pourront être mes amis à nouveau. Jamais, jamais plus. Je pense que tous ceux qui mangent de la viande devraient être envoyés ici, et voir ce qui s'y passe, du début à la fin.

    Je ne suis pas restée ici parce que je veux devenir vétérinaire, mais parce que les gens veulent manger de la viande. Et pas seulement cela : mais parce qu'en plus ce sont des poltrons. Leur escalope blanchie, stérile, achetée au supermarché, n'a plus les yeux qui déversent des flots de larmes de frayeur devant la mort, pas plus qu'elle ne hurle quand le couteau va frapper. Vous tous qui vous nourrissez des cadavres de la honte, cela vous est soigneusement épargné, vous qui dites : « Non, moi, cela je ne pourrais pas le faire ».

    Un jour, un paysan est venu, accompagné de son fils, âgé de 10 ou 11 ans, pour faire analyser un échantillon de viande pour la trichine. En voyant l'enfant aplatir sonnez contre la vitre, j'ai pensé que si les enfants pouvaient voir toute cette horreur, tous ces animaux tués,ily aurait peut-être un espoir de changement. Mais j'entends encore l'enfant crier à son père : « Papa, regarde, là, quelle énorme scie !? ».

    Le soir, à la télévision, on annonce aux informations : « mystère non encore résolu à propos du meurtre perpétré sur une jeune fille, assassinée et coupée en morceaux et je me rappelle la frayeur générale et le dégoût de la population devant cette atrocité. Je dis : « Des atrocités semblables, j'en ai vu 3700 rien qu'en une semaine ».

    Maintenant, je ne suis plus seulement une terroriste, mais encore je suis malade, là-haut, dans ma tête. Car je ressens non seulement de l'effroi et de la répugnance envers le meurtre commis sur un être humain, mais aussi envers ceux commis sur des animaux des milliers de fois en une seule semaine et dans un seul abattoir. Etre un humain, cela ne signifie-t-il pas dire non et refuser d'être le commanditaire d'un meurtre à grande échelle- pour un morceau de viande ? Etrange nouveau monde. Il est possible que les tous petits veaux trouvés dans l'utérus déchiré de leur mère, et qui sont morts avant même d'être nés, ont encore connu le moins mauvais sort d'entre nous tous.

    D'une manière ou d'une autre, le dernier de ces interminables jours est enfin arrivé et j'ai reçu mon certificat de stage, un chiffon de papier, cher payé si tant est que j'ai jamais payé cher quelque chose. La porte se referme ; un timide soleil de novembre m'accompagne depuis la cour de l'abattoir jusqu'à l'arrêt du bus. Les cris des animaux et le bruit des machines s'estompent. Je traverse la rue alors qu'un gros camion à remorque amenant du bétail prend le virage pour entrer dans l'abattoir. Il est rempli sur deux étages de cochons, serrés les uns sur les autres.

    Je pars sans un regard en arrière car j'ai porté témoignage et, à présent, je veux essayer d'oublier et de continuer de vivre. A d'autres de lutter maintenant ; moi, ce sont ma force, ma volonté et ma joie de vivre qui m'ont été pris et remplacés par un sentiment de culpabilité et de tristesse paralysante. L'enfer est parmi nous, des milliers et des milliers de fois, jour après jour.

    Une chose nous reste pourtant, et pour toujours, à chacun : Dire Non. Non, non et encore non !

    Vécu et écrit par Christiane M. Haupt

  • Grande-Bretagne – 1907 – Les émeutes du chien marron

    Un peu d’histoire, histoire de comprendre où nous en sommes….

    10 décembre 1907 : « Brown dog riots », les émeutes du chien marron

     

    Mémorial érigé en 1906 en mémoire au chien marron

    Il peut être surprenant de découvrir que la plus grande émeute, la plus controversée et aussi la plus violente qui se soit produite en Grande-Bretagne concernant le problème sensible des droits des animaux n’est pas récente, mais remonte à 1907. De plus, les protagonistes les plus véhéments et les plus remontés n’étaient pas ceux qui s’exprimaient en faveur des animaux, mais, au contraire, des étudiants en médecine qui défendaient leurs expériences scientifiques à la fois immorales, barbares et non réglementées. L’affaire en question, connue sous le nom de « Brown dog affair » ou « ’affaire du chien marron », a fait rage 7 ans durant et s’est révélée être le incident le plus controversé de Londres à l’époque d’Edouard VII.

     

    Tout a commencé en décembre 1902 lorsque deux militante suédoises contre la vivisection pénétrèrent à l’intérieur de l’école de médecine du collège de L’University College de Londres (UCL) et constatèrent la cruauté exercée envers un chien terrier marron en particulier. Pendant son cours, un professeur ouvrit l’abdomen de l’animal insuffisamment anesthésié afin que le chien soit privé de l’utilisation de son pancréas. Durant les deux mois qui suivirent l’intervention, le chien resta confiné dans une cage et laissa échapper de malheureux hurlements, ce qui bouleversa plusieurs membres du personnel de l’établissement. Puis, le chien fût ramené en salle de cours en février 1903. Etendu sur le dos sur une table d’opération, pattes et tête attachées et gueule muselée, il fut à nouveau ouvert afin que les étudiants puissent observer les résultats de l’expérience. Il fut ensuite passé à un autre professeur qui l’ouvrit à nouveau pour lui appliquer une stimulation électrique destinée à prouver que la pression salivaire était indépendante de la pression artérielle. Après une demi-heure de souffrances épouvantables pour l’animal, l’expérience fût considérée comme un échec et abandonnée. Le chien fût confié à un autre étudiant qui lui retira le pancréas puis libéra l’animal de ses souffrances en lui tranchant la gorge.

    Lorsque les suédoises rendirent publique la souffrance prolongée et inhumaine infligée à ce pauvre chien sans nom, les chercheurs de l’UCL portèrent plainte pour diffamation, faisant remarquer qu’ils avaient respecté la loi. Ils remportèrent cette brève bataille, mais perdirent la guerre contre l’opinion publique, et le chien marron devint une cause célèbre.

    En 1906, un mémorial fut érigé en hommage au pauvre animal à Latchemere Park à Battersea, dans la banlieue de Londres :

    «  En mémoire du chien terrier marron, mort dans les laboratoires du collège universitaire en février 1903 après avoir subi des vivisections pendant plus de deux mois et après avoir été passé d’un vivisecteur à un autre jusqu’à ce que la mort vienne le délivrer. En mémoire des 232 autres chiens disséqués vivants dans les mêmes lieux en 1902. Hommes et femmes d’Angleterre – Combien de temps ces choses vont-elles durer ?

    La statue et son message anti-vivisection plein d’audace devinrent un point de ralliement symbolique pour les activistes politiques. Cependant, les scientifiques et les étudiants en médecine haïssaient le chien de bronze qui avait jeté l’opprobre sur leur profession. Alors l’échec de tentatives légales destinées à enlever la statue, ces « anti-chiens » tentèrent de la détruire eux-mêmes, obligeant le conseil progressiste de Battersea à assurer une protection jour et nuit.

    La polémique concernant le chien marron descendit jusque dans la rue, s’invita aux réunions publiques, fut relayée dans les journaux et abordée au Parlement. Elle atteignit son paroxysme au cours de la nuit du 10 décembre 1907 en donnant lieu à de violentes émeutes. Lors d’une manifestation délibérément prévue pour le même jour que le match de rugby annuel opposant les équipes universitaires d’Oxford et de Cambridge, les étudiants en médecine de l’UCL de Londres, accompagnés de leurs camarades d’Oxford et de Cambridge, tentèrent une fois encore de détruire la statue à l’aide de masse. Ecartés par les habitants du quartier, les étudiants se dirigèrent vers Trafalgar Square en chantant l’air de la chanson « Little Brown Jug ».

    Alors que nous marchons dans l’obscurité
    Nous nous dirigeons vers Latchemere Park
    Que voyons-nous là-bas à notre surprise ?
    Un petit chien marron bien debout sur ses pattes
    Ha, ha ,ha ! Oh, Oh, Oh !
    Le petit chien marron que nous détestons tant

    Alors que plus de 1000 manifestants anti-chien s’étaient rassemblés autour de la colonne de Nelson, la police montée chargea la foule et arrêta les meneurs, parmi lesquels un étudiant en licence de Cambridge qui « aboyait comme un chien ».

    Durant les jours et semaines qui suivirent, de nombreuses émeutes éclatèrent. Certains défenseurs des animaux furent identifiés par des gangs anti-chiens et furent victimes de violences. Les réunions syndicales et celles des suffragettes furent régulièrement prises d’assaut par des étudiants en médecine qui aboyaient et criaient «A bais le chien marron !». Les troubles se poursuivirent jusqu’au 10 mars 1910 durant la nuit, lorsque le nouveau conseil municipal décida de retirer en pleine nuit la statue en raison des coûts de sécurité de plus en plus élevés.

    Les émeutes du chien marron ont été déclenchées par des élitistes, pas seulement dans l’intérêt de leur profession, mais en raison de leur croyance quasi-religieuse et erronée que la science est régie par son propre code moral. La quête de la connaissance pourra-t-elle toujours justifier des pratiques barbares et inhumaines ? Plus d’un siècle plus tard, la pratique répugnante et inutile de la vivisection, de la torture en somme, se poursuit toujours.

    Hommes et femmes d’Angleterre, combien de temps ces choses vont-elles durer ? Comme l’a dit Mahatma Gandhi,

    La grandeur d’une nation et ses progrès moraux peuvent être jugés par la manière dont elle traite les animaux

    Extrait du site d'International campaigns.

  • Grand froid, AIDEZ LES OISEAUX!

     

     

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    ANIMAUX - Le gel et la neige qui se sont abattus sur la France menacent la survie des oiseaux. L'hiver est la saison la plus meurtrière pour nos amis ailés qui résistent moins bien au froid en raison du manque de nourriture et d'accès à l'eau. Vous pouvez leur venir en aide en suivant les conseils de la LPO...

    Vous pouvez tout d’abord installer des mangeoires hors d’atteinte des prédateurs. Vous y placerez des aliments riches en lipides qui leur permettront de reconstituer leurs réserves indispensables pour résister aux longues et froides nuits d’hiver. La nourriture doit être maintenue à l’abri de l’humidité et des intempéries, et les mangeoires régulièrement nettoyées afin d’éviter la propagation des maladies. Ce soutien ne doit durer que pendant l’hiver (de fin novembre à mi-mars) et plus particulièrement durant la vague de froid. Il ne devra pas se prolonger au-delà, sous peine de rendre les oiseaux dépendants.

     

    Il faut également fournir un abreuvoir. Vous veillerez à renouveler l’eau deux fois par jour et à la maintenir libre de glace en ajoutant simplement et uniquement de l’eau tiède.

     

    Venir en aide aux oiseaux en hiver vous permettra de participe à leur sauvegarde, tout en admirant le ballet de ces acrobates ailés dans votre jardin ou sur votre balcon.


  • Bientôt la chasse obligatoire pour les propriétaires ?

     Vous n'aimez pas la chasse ? Aucune importance : bientôt, on risque de ne plus vous demander votre avis. En effet, une proposition de loi suggère de contraindre les propriétaires à réguler le gibier présent sur leur terrain. Christophe Marie, porte-parole de la Fondation Brigitte Bardot, s'insurge.

    Après l'Assemblée Nationale, le Sénat est sur le point d'adopter une proposition de loi bafouant la cour européenne des Droits de l'Homme ! Alors que la Cour européenne des Droits de l'Homme condamnait, en 1999, la "loi Verdeille¹", loi qui portait atteinte au droit de propriété et à la liberté d'association, le lobby de la chasse est en effet sur le point de faire réintroduire cette privation de liberté et de conscience, via une proposition de loi² adoptée en 1ère lecture, le 17 mai 2011, par l'Assemblée nationale et mise au vote les jeudi 2 et vendredi 3 février prochains au Sénat.

    Chasse à courre - Sharthe, 2005 (SICHOV/SIPA)

    Chasse à courre - Sarthe, 2005 (SICHOV/SIPA) 

    L'Article 8 de cette proposition contraint le détenteur du droit de chasse (propriétaire terrien) à procéder ou faire procéder "à la régulation des espèces présentes sur son fonds", à défaut de quoi "il peut voir sa responsabilité financière engagée" pour l'indemnisation des dégâts occasionnés par le gibier.

    Qu'ils le veuillent ou non, les Français n'auront pas d'autre choix que faire abattre les animaux se trouvant sur leur terrain... Déjà, en juin 2010, le gouvernement publiait un décret interdisant l'obstruction à un acte de chasse. En clair, nous n'avons plus le droit de nous opposer à la barbarie de la chasse à courre, et nous n'aurons bientôt plus le droit d'empêcher les chasseurs à venir tuer des animaux sur un terrain privé.

    Les chasseurs ont la liberté de tuer

    Et nous ne sommes plus libres de nous y opposer ! Tout cela est absolument scandaleux, antidémocratique, et contraire à la Convention européenne des Droits de l'Homme. Pourquoi nos politiques se couchent-ils ainsi devant le lobby de la chasse qui ne représente finalement qu'une minorité en France ?

    C'est invraisemblable, il suffit qu'un texte donne plus de pouvoir aux chasseurs pour qu'il soit adopté alors que les Propositions de loi condamnant les cruautés exercées sur les animaux restent au placard et ne sont jamais débattues (régime juridique de l'animal, corrida, objection de conscience à l'expérimentation animale, etc.).

    L'Article 2 de cette proposition de loi "pro chasse" reconnait aux Fédérations départementales et régionales de la chasse un rôle "d'information et d'éducation, dans une logique de développement durable, en matière de préservation de la faune sauvage et de ses habitats". Les chasseurs seront donc invités à venir, dans les écoles, enseigner l'art de tuer dans un souci de "préservation de la faune sauvage"... Un comble !

    Stop aux chasses cruelles !

    La Fondation Brigitte Bardot dénonce ce texte qui fait honte à la France, elle milite pour l'abolition des chasses cruelles (chasse à courre, vénerie sous terre...) ou non sélectives (piégeage, chasse de nuit, etc.) et pour la reconnaissance du dimanche jour sans chasse car la nature doit être protégée, partagée et non plus considérée comme une réserve de chasse où les promeneurs sont pris pour cible.

    Nous avons tous en mémoire le drame survenu le dimanche 22 janvier en Seine-Maritime : un enfant de 12 ans a été tué par un chasseur de 82 ans !

    L'homme est la seule espèce nuisible !

    Par ailleurs, il est urgent également de déclasser toutes les espèces prétendues "nuisibles", terme qui est un non-sens et une injure à la biodiversité, particulièrement au moment-même où les Nations Unies viennent de lancer la décennie de la Biodiversité (2011-2020) en exhortant "l'humanité à vivre en harmonie avec la nature et à préserver et à gérer correctement ses richesses pour la prospérité des générations actuelles et futures".

    Les 2 et 3 février prochains, la législation française risque de faire un nouveau pas en arrière (les amendements proposés par le groupe Vert ayant été recalés) car l'opposition n'a pas droit de cité lorsqu'il s'agit de défendre les intérêts des chasseurs. Ici, les partis politiques, qu'ils soient de gauche ou de droite, se retrouvent et tombent d'accord... quitte à mettre à mal, en danger même, la liberté du citoyen !
    ¹ Cette loi qui a créé les Associations Communales de Chasse Agréées (ACCA) obligeait tous les propriétaires de terrains de moins de 20 hectares à adhérer et à apporter leur terre à l'ACCA, les contraignant ainsi à laisser chasser chez eux, même s'ils ne le voulaient pas.

    ² http://www.senat.fr/dossier-legislatif/ppl10-524.html ; http://www.senat.fr/leg/ppl10-524.html

    > Par Christophe Marie Fondation Bardot

    Edité par Gaëlle-Marie Zimmermann   Auteur parrainé par Amandine Schmitt

  • Halte au massacre des innocents.

         

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    Dans une approche stupidement anthropocentrique, la direction de la SNCF déplore qu'en 2011 une centaine de collisions de ses trains avec la faune sauvage ait généré des retards dans son trafic.
    Elle engage des gardes pour "réguler" les animaux qui perturbent les rouages du transport ferroviaire.
     
    Aux abords des aéroports, les techniciens de l'aviation dénoncent les risques aviaires découlant de la pénétration d'oiseaux dans  des réacteurs.
    Ils veulent "réguler" l'avifaune dans ces zones où l'homme entend disputer le ciel aux oiseaux.
     
    Pour chaque kilomètre de route nouvelle créée, des millions d'animaux, crapauds, hérissons, genettes, blaireaux, chouettes, passereaux, doivent s'éclater sur le pare- brise  ou sous les roues des voitures des chauffards qui n'en ont rien à faire.
     
    Or, des voies ferrées à grande vitesse, des aéroports, des routes et autoroutes, il y en a partout et sans cesse davantage.
     
    Alors, les hommes mauvais veulent "réguler" sérieusement la faune perturbatrice et bien méchante de gêner ainsi les mouvements vibrionnaires d'une société frrénétiquement mobiles.
     
    Et puis, là où il n'y a pas d'infrastructures de transports, il faut "réguler" pour l'agriculture, pour la forêt usine à bois, pour les centres de loisirs.
    Les imposteurs disent : réguler.
    En fait, ils tuent, aseptisent, massacrent la vie sous toutes ses formes, partout et toujours sous des prétextes mensongers.
     
    Que la SNCF grillage soigneusement les lignes à grande vitesse et les malheureux chevreuils, sangliers et consorts ne viendront  plus percuter méchamment  les gentils trains!
     
    Surtout, ne pourrait-on pas apprendre à l'humain  que les autres espèces ont le droit de vivre?

     

              Gérard  CHAROLLOIS

     

    CONVENTION VIE ET NATURE
  • Dans quinze ans il n’y aura plus de lion dans la nature.

     

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    Il faut relire cette phrase plusieurs fois avant que le cerveau digère l’énormité d’une telle nouvelle. Ainsi l’animal que l’homme a érigé « roi des animaux », construisant autour de lui, pour mieux se l’approprier, toute une symbolique emblématique de puissance et de gloire, est en passe de disparaitre en liberté. Un collectif d’association (Born free, IFAW, Panthera) a lancé l’alerte : en un siècle, la population de lions sauvages a dramatiquement chuté, passant de 200 000 à 40 000, voire 23 000 selon certaines estimations, ce qui reviendrait à un taux de disparition de 80%. Les lions ont totalement disparu dans 26 pays africains. Partout les lions voient leur territoire se réduire à peau de chagrin et ils sont victimes de la chasse pour le sport (notamment par les U.S.A.) et du braconnage. Si dès maintenant les choses ne changent pas, d’ici quinze ans les lions auront disparu dans la nature. La disparition des lions sauvages sera donc le fait de l’homme. Uniquement de lui. Les associations de défense des animaux réclament, légitimement et de toute urgence, l’inscription des lions sur la liste des espèces en danger. L’opinion publique pense que les lions détenus dans les cirques et les zoos pourront un jour être relâchés dans la nature afin de la repeupler et qu’il n’y a pas lieu de paniquer. Si cette hypothèse paraît séduisante elle mérite qu’on l’examine un peu mieux. Les lions des cirques. Sur le sujet, les «circaciens» sont formels et le clament haut et fort : leurs animaux ne peuvent plus retourner à la nature et y seraient extrêmement malheureux. D’ailleurs, disent-ils, ceux nés en captivité ont perdu tous leurs instincts. Paradoxalement, voir cyniquement, Il y a un instinct que les exploitants d’animaux de cirque ne leurs dénient pas, c’est celui de la reproduction. Mais il ne s’agit pas de leur part, d’un quelconque souci de préservation des espèces. C’est d’abord un excellent argument de vente, des nouveau-nés c’est toujours une bonne publicité qui attire le public. D’ailleurs certains cirques n’hésitent pas à exploiter ces tout petits lionceaux en laissant le public les manipuler pour se faire prendre en photo avec, il n’y a pas de petits profits. Mais la reproduction en captivité reste, pour les cirques, le moyen le moins onéreux de se procurer des spécimens pour leurs numéros. Ainsi dans le monde entier, les cirques se vendent ou s’échangent des petits. Parfois même de cirque à zoo. «Show must go on !». Les lions des zoos. Si il y a bien une mission que les zoos se targuent de remplir c’est celui de la préservation des espèces. Nous voilà rassurés, les lions n’ont rien à craindre, les zoos se préparent sûrement déjà à leur réintroduction in situ. Dans la réalité, peu d’espèces en danger bénéficient d’un programme de sauvegarde dans les zoos (voir le rapport 2011 sur les zoos d’Europe), de toute façon les lions n’en font pas partis. De plus, la réintroduction est difficile et fort coûteuse (surtout par temps de grande crise, l’humain faisant passer ses intérêts avant tout, il y a fort à parier que les états riches rechignent à trop investir dans la sauvegarde de ces animaux). La vérité est que l’écrasante majorité des animaux dans les zoos ne goûteront jamais aux joies de la liberté. Cette liberté n’est d’ailleurs pas si facile à conquérir, car ouvrir une cage ne suffit pas. Un animal apprend à vivre en liberté par l’exemple donné par sa mère et son groupe. Celui né en captivité ignore tout des subtils et complexes mécanismes de la vie sauvage. Ayant totalement vécu aux contacts des hommes, nourri et soigné par lui, il devient incapable de subvenir lui-même à ses besoins et à faire face, seul, à d’éventuels blessures ou aux maladies de ce nouvel environnement. Une réintroduction devient donc extrêmement problématique et hasardeuse, l’animal devant être maintenu encore longtemps sous les soins et la surveillance des humains pour assurer sa survie. Et puis il reste un autre domaine que l’homme est loin de maîtriser, c’est celui des lois de la génétique. Ainsi le patrimoine génétique des lions actuellement en captivité suffirait-il pour un renouvellement de l’espèce ? En clair, le nombre de lions restant dans les zoos est t’il suffisant pour ne pas entraîner de la consanguinité et au final, une chute de la fertilité ? Mystère. Un monde sans lion est un monde inimaginable. Un monde sans lion libre (mais aussi d’éléphant, de tigre, de singe… la liste est longue) est un monde qui se désenchante petit à petit. On aura beau construire les civilisations les plus sophistiqués, les plus flamboyantes, rien ne pourra palier à cette terrible perte. A priver les autres espèces de leur légitime droit à vivre en paix et libre, l’humanité y perdra son équilibre et son âme. Si rien n’est fait rapidement, les enfants qui naîtront en 2027 n’auront plus que des lions derrière des barreaux à voir et de vieux documentaires à regarder pour savoir ce qu’était un lion libre. Agissons !